Il y a des soirs où la télévision américaine cesse d’être seulement un décor, un flux de blagues et de fauteuils bien éclairés, pour redevenir ce qu’elle fut parfois à son âge d’or : un théâtre collectif, traversé par des fantômes et des chansons plus grandes que le programme qui les accueille. Le dernier Late Show with Stephen Colbert appartenait à cette catégorie rare. Pour refermer onze années d’antenne et une histoire commencée bien avant lui avec David Letterman, Colbert a reçu l’invité qui pouvait, mieux que n’importe qui, donner à cet adieu une profondeur historique : Paul McCartney. Le choix n’avait rien d’un simple coup de prestige. En revenant à l’Ed Sullivan Theater, là même où les Beatles avaient fait basculer l’Amérique en 1964, McCartney ne venait pas seulement chanter Hello, Goodbye. Il venait relier deux époques, deux mythologies, deux manières de croire encore à la puissance d’un moment partagé devant un écran. Entre la fin d’une institution du late-night, le souvenir incandescent de la Beatlemania et l’étrange douceur d’un Beatle chargé d’éteindre la lumière, cette dernière émission ressemblait moins à une sortie de scène qu’à une boucle pop parfaitement refermée.
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