Il y a des oublis qui ressemblent moins à des maladresses qu’à des révélateurs. Alors que Sam Mendes prépare son immense chantier Beatles — quatre films, quatre points de vue, quatre mythologies à rouvrir — Pattie Boyd a découvert qu’Aimee Lou Wood allait l’incarner sans que personne, semble-t-il, ne prenne la peine de l’appeler. La chose pourrait passer pour un détail de production, une simple impolitesse hollywoodienne noyée dans la mécanique d’un projet pharaonique. Mais avec Pattie Boyd, rien n’est jamais seulement anecdotique. Ex-épouse de George Harrison, photographe, figure du Swinging London, témoin intime de la Beatlemania, de l’Inde, de Kinfauns, des vertiges spirituels et affectifs de la fin des années 60, elle n’est pas une silhouette décorative dans la grande fresque Beatles. Elle est l’une de celles qui ont vu les statues redevenir humaines, les chansons naître dans le désordre des vies privées, les hommes célèbres devenir parfois petits, fuyants, contradictoires. La réduire à la muse de “Something”, “Layla” ou “Wonderful Tonight” serait une erreur historique autant qu’une faute de regard. Son absence de consultation pose donc une question simple : peut-on vraiment raconter les Beatles de l’intérieur en laissant dehors ceux qui y étaient ?
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