Il y a des villes qui finissent par être plus grandes que les chansons qu’elles ont vues naître. Liverpool est de celles-là : une ville de rues humides, de maisons modestes, de clubs exigus et de fantômes qui n’ont jamais vraiment quitté les lieux. Avec The Boys of Dungeon Lane, Paul McCartney ne revient pas seulement sur ses pas, il retourne vers la matière première de sa propre légende, avant les Beatles, avant l’Amérique, avant les stades, avant les statues et les pèlerinages obligés. Le disque, annoncé comme l’un des plus intimes de sa longue vie d’auteur, regarde du côté de Speke, de Forthlin Road, de la Jacaranda, de cette géographie minuscule où s’est pourtant inventée une partie de la pop moderne. On y croise forcément John Lennon, George Harrison, Ringo Starr, les parents, les deuils, les premiers accords, les rêves trop grands pour les poches d’un adolescent de Liverpool. Mais le plus intéressant n’est peut-être pas dans la nostalgie : il est dans cette manière qu’a McCartney, à 83 ans, de chercher encore une chanson derrière un souvenir, une mélodie derrière une rue, une pulsation vivante derrière le marbre de sa propre légende.
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