On aurait pu craindre le grand album de souvenirs, celui où Paul McCartney, 83 ans au compteur et une légende plus lourde que n’importe quel disque d’or, reviendrait à Liverpool pour saluer poliment les fantômes avant de refermer la porte. Avec The Boys of Dungeon Lane, tous les ingrédients étaient là : les rues d’enfance, Speke, Dungeon Lane, les parents, John Lennon, George Harrison, Ringo Starr, les jours perdus et cette mémoire immense qui menace toujours de transformer les chansons en vitrines de musée. Mais McCartney a toujours été plus malin que sa propre statue. Chez lui, la nostalgie n’est jamais seulement une larme bien éclairée : c’est une matière première, quelque chose qu’on malaxe, qu’on tord, qu’on remet en mouvement jusqu’à ce qu’une mélodie apparaisse. Ce nouvel album ne raconte donc pas le passé comme une destination finale, mais comme un moteur encore chaud. Paul y retrouve le garçon de Liverpool sans renoncer au prestidigitateur pop, celui qui sait glisser une étrangeté sous une ballade, un sourire dans une blessure, un refrain lumineux au bord de l’ombre. Et c’est peut-être cela, le plus bouleversant : McCartney ne chante pas pour prouver qu’il fut immense. Il chante parce qu’il travaille encore contre la disparition.
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