Il y a quelque chose de presque trop simple, donc de profondément maccartneyen, dans cette idée : au milieu d’une Amérique fracturée, saturée de colères, de chaînes d’info en boucle, de familles coupées en deux et de camps politiques qui ne se parlent plus qu’en se soupçonnant, Paul McCartney s’avance, joue Hey Jude, et soudain tout le monde chante. Les Républicains, les Démocrates, les trumpistes, les anti-Trump, les fatigués de la guerre civile permanente et ceux qui l’alimentent malgré eux se retrouvent pris dans le même vieux « na-na-na » de 1968. Évidemment, la chanson ne répare rien pour de bon. Elle ne résout ni les fractures sociales, ni la brutalisation du débat public, ni les haines que l’époque transforme en carburant quotidien. Mais elle produit autre chose, de plus fragile et peut-être de plus précieux : une trêve. McCartney n’est pas Springsteen, il ne monte pas sur scène comme un tribun armé d’un discours. Il tend une mélodie, une coda immense, une chambre commune dans le vacarme. Et c’est là que Hey Jude garde sa grandeur folle : non pas promettre la paix, mais rappeler pendant sept minutes que des gens qui ne pourraient plus se parler peuvent encore chanter ensemble.
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