Il y a dans l’histoire des Beatles des objets dont la simple existence suffit à faire vaciller les certitudes, comme si le passé refusait obstinément de rester rangé dans les coffres où l’industrie musicale croyait l’avoir enfermé. La bande retrouvée chez Geoff Emerick appartient à cette catégorie-là. Nous ne parlons pas ici d’un vague souvenir de studio, ni d’une relique de collectionneur parmi d’autres, mais du master d’une séance enregistrée le 6 juin 1962 à Abbey Road, alors que John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best n’étaient pas encore devenus les Beatles que le monde entier allait bientôt idolâtrer. Conservée pendant plus d’un demi-siècle par l’ingénieur du son qui allait, quelques années plus tard, façonner le son de Revolver, Sgt. Pepper et Abbey Road, cette bande est aujourd’hui au cœur d’une bataille judiciaire opposant les héritiers d’Emerick à Universal Music Group. Était-elle un rebut abandonné, sauvé in extremis par un technicien inspiré, ou une propriété d’EMI jamais sortie légalement du giron de la maison ? Derrière cette question de droit se joue quelque chose de plus vertigineux encore : la manière dont on protège, possède et raconte la mémoire sonore des Beatles.
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