Bag One : Lennon au lit, Scotland Yard au mur

Le 16 janvier 1970, au cœur de Mayfair, la respectabilité de New Bond Street se fissure d’un coup de mandat. Scotland Yard débarque à la London Arts Gallery et saisit huit lithographies de Bag One, la série intime que John Lennon consacre à sa vie avec Yoko Ono. Officiellement, on parle d’images « érotiques », donc « indécentes » ; en réalité, c’est toute la question du regard public qui explose. Car ce qui dérange n’est pas seulement le sexe : c’est Lennon, superstar nationale, qui transforme le lit conjugal en œuvre imprimée, signée, vendue, donc destinée à circuler. L’affaire va vite dépasser la galerie : Vice Squad, lois sur l’obscénité, texte victorien ressorti du tiroir, témoins outrés… et ce mot fatal, « passagers », sur lequel l’accusation trébuche au procès. Résultat : acquittement, mais scandale gagné. Et, comme souvent, la censure fabrique exactement ce qu’elle prétend empêcher : une légende, une cote, et un épisode-clef pour comprendre l’Angleterre de l’après-Sixties, la mécanique médiatique, et la stratégie Lennon-Ono de l’intime brandi comme manifeste.

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