Il y a chez Paul McCartney une manière très particulière de regarder en arrière sans jamais se transformer tout à fait en statue. À 83 ans, l’ancien Beatle aurait évidemment tous les droits : celui de se contenter de célébrer son propre mythe, de ressortir les souvenirs dans la belle vaisselle, d’arpenter Liverpool comme un guide patrimonial escorté par ses fantômes. Mais The Boys of Dungeon Lane, nouvel album annoncé comme l’un de ses disques les plus personnels depuis longtemps, semble faire exactement l’inverse. McCartney y retourne vers Speke, Forthlin Road, les copains d’avant la légende, les routes partagées avec George Harrison, l’ombre de John Lennon, la présence fraternelle de Ringo Starr, les parents disparus, les amours tardives et les chambres où le désir adolescent n’a jamais vraiment cessé de trembler. Produit par Andrew Watt, le disque ne cherche pas à rajeunir artificiellement Macca, ni à l’embaumer dans la nostalgie. Il accepte sa voix vieillie, son mauvais goût fertile, sa tendresse parfois sucrée, ses audaces psychédéliques et cette faculté toujours stupéfiante à faire naître une mélodie qui paraît avoir toujours existé. Un retour aux sources, oui, mais certainement pas en bus touristique.
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