Il y a des films qui semblent avoir été tournés moins pour traverser le temps que pour en capturer une vibration précise, un éclat fugitif, presque impossible à reproduire. Wonderwall, présenté à Cannes le 17 mai 1968, appartient à cette famille-là : celle des objets un peu bancals, furieusement datés et pourtant miraculeusement vivants, où toute une époque vient se regarder dans un miroir déformant. On y trouve le Londres psychédélique, ses couleurs acides, ses chambres closes, ses fantasmes de libération, mais aussi cette mélancolie plus souterraine qui accompagne toujours les révolutions culturelles quand elles comprennent qu’elles ne changeront pas le monde aussi vite qu’espéré. Le film de Joe Massot pourrait n’être qu’une curiosité du Swinging London, avec Jane Birkin en apparition solaire, Jack MacGowran en savant reclus et The Fool en éclaboussures visuelles. Il est pourtant bien davantage : un récit de désir, de solitude et de regard, porté par une bande originale qui occupe une place singulière dans l’histoire des Beatles. Car Wonderwall Music n’est pas seulement la première échappée solo de George Harrison : c’est un laboratoire où se rencontrent pop anglaise, musique indienne, drones mystiques et rêveries de studio. Cinquante-huit ans après Cannes, Wonderwall mérite qu’on le revoie enfin pour ce qu’il est : un trou dans le mur par lequel toute la psychédélie britannique continue de nous observer.
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