Paul McCartney, Bob Dylan et le vieux dilemme des chansons qu’on ne possède plus

Il y a dans la petite pique de Paul McCartney à l’adresse de Bob Dylan quelque chose de bien plus vaste qu’une remarque de vieux camarade sur une soirée de concert déroutante. Quand l’ancien Beatle explique qu’il a payé sa place et qu’il aimerait reconnaître les chansons qu’il est venu entendre, il ne parle pas seulement en spectateur amusé. Il parle en homme qui sait ce que pèsent les hymnes, en artisan du refrain partagé, en survivant d’un monde où une chanson pouvait encore devenir un bien commun. Face à lui, Dylan continue de défendre son vieux droit à la fuite : transformer, brouiller, défigurer ses propres monuments pour ne jamais finir prisonnier de sa légende. Entre McCartney, qui rallume Hey Jude comme on ouvre les portes d’une maison familiale, et Dylan, qui repeint Mr Tambourine Man dans la pénombre, se dessine l’une des plus belles querelles du rock vieillissant. Que doit un artiste à son public quand ses chansons ne lui appartiennent plus tout à fait ? Faut-il offrir les classiques tels qu’on les attend, ou les sauver de la naphtaline en les rendant méconnaissables ? Derrière cette divergence polie entre deux géants, c’est toute l’histoire du concert populaire qui revient nous regarder.

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