Paul McCartney, ou l’art d’entrer au conservatoire par effraction

On a longtemps regardé Paul McCartney comme un bâtisseur de refrains, un homme de trois minutes et de miracles immédiats. Sauf qu’à l’ombre des hymnes Beatles, une autre envie le travaille depuis Liverpool : celle des formes longues, des chœurs, des pierres et des silences. Sans conservatoire, sans “points sur la page”, McCartney s’est pourtant frayé un passage vers la musique dite savante, à l’oreille et par collisions successives : d’abord la passerelle du film The Family Way avec George Martin, puis la démesure narrative de Liverpool Oratorio, le poème symphonique Standing Stone, les jeux de miroirs de Working Classical, le deuil choral d’Ecce Cor Meum, jusqu’au ballet Ocean’s Kingdom. À chaque étape, la même obsession sert de boussole : la mélodie, non comme sucre pop, mais comme fil d’Ariane capable de tenir un orchestre debout. Et derrière le procès en légitimité, une question plus intéressante affleure : que se passe-t-il quand un des plus grands songwriters du XXe siècle teste ses idées dans une cathédrale, un Royal Albert Hall ou un studio d’Oxford ? En suivant ces œuvres sans préjugés, on entend un McCartney fidèle à lui-même : curieux, parfois naïf, souvent inspiré, toujours décidé à entrer par la porte dérobée — et à y laisser son cœur.

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