Klaatu, ou le disque que les fans voulaient entendre comme le retour secret des Beatles

En 1976, alors que les Beatles ne sont plus qu’un souvenir trop vivant pour accepter de mourir tout à fait, un étrange disque paraît sous le nom de Klaatu. Pas de photos, pas de biographies, pas de crédits individuels : seulement une pochette solaire, un nom emprunté à la science-fiction et une poignée de chansons trop ambitieuses pour sembler sorties de nulle part. Il n’en fallait pas davantage pour que l’Amérique rock, encore travaillée par le manque de Lennon, McCartney, Harrison et Starr, se mette à entendre l’impossible : le retour secret des Beatles sous pseudonyme. L’histoire est évidemment fausse, et c’est précisément ce qui la rend si belle. Car derrière ce mirage se cachent trois musiciens canadiens, John Woloschuk, Dee Long et Terry Draper, auteurs d’un premier album, 3:47 EST, qui mérite mieux qu’une note de bas de page dans le grand livre des hallucinations beatlesiennes. De Calling Occupants of Interplanetary Craft à Sub-Rosa Subway, Klaatu n’a pas ressuscité les Beatles ; il a seulement prouvé que leur langage continuait de hanter la pop longtemps après leur séparation. Et qu’un disque anonyme pouvait encore devenir, l’espace d’un instant, le réceptacle de tous les deuils mal faits.

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