« Oh! Darling » : quand Paul McCartney déchire sa voix pour réveiller le vieux cœur rock des Beatles

Dans le grand théâtre crépusculaire d’Abbey Road, “Oh! Darling” ressemble d’abord à une vieille chanson retrouvée dans une malle : une supplique fifties, pleine de doo-wop, de rhythm and blues, de promesses d’amour et de drames de juke-box. Mais chez les Beatles, les retours en arrière ne sont jamais innocents. Derrière le costume rétro, il y a toute la fatigue de 1969, les fissures du groupe, la nostalgie des débuts et cette impossibilité tragique de redevenir les gamins de Liverpool fascinés par Little Richard, Fats Domino ou les Platters. Paul McCartney y livre l’une de ses plus grandes performances vocales, non pas en cherchant la beauté pure, mais en abîmant volontairement sa voix, en la frottant jusqu’à l’usure pour retrouver quelque chose de plus ancien, de plus sale, de plus vrai. “Oh! Darling” n’est donc pas seulement un exercice de style admirablement tenu : c’est une chanson de mémoire et de rupture, un faux vieux morceau où le cri sonne terriblement moderne. Une petite pièce essentielle dans le tombeau lumineux d’Abbey Road, où Paul chante pour une femme, pour son groupe, pour sa jeunesse perdue, et peut-être pour tous ceux qui croient encore aux promesses impossibles des Beatles.

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