Dans la cartographie intime des Beatles, il y a les lieux consacrés, ceux que l’on photographie depuis des décennies comme des reliques : Liverpool, Hambourg, Abbey Road, Rishikesh, le Dakota Building. Et puis il y a les adresses plus secrètes, celles qui n’entrent pas immédiatement dans les circuits de pèlerinage mais qui disent pourtant beaucoup de la manière dont cette histoire continue de rayonner. Le Manoir de Valotte, à Saint-Benin-d’Azy, dans la Nièvre, appartient à cette seconde géographie. C’est là qu’à la fin de 1983, Julian Lennon vient chercher un peu de silence pour travailler les chansons de son premier album, loin du vacarme médiatique promis à tout fils de John Lennon. Le lieu n’est pas un simple décor champêtre : il devient un refuge, un laboratoire, presque une chambre de décompression où un jeune musicien de vingt ans tente de faire exister sa voix avant que le monde ne l’écoute déjà à travers celle de son père. Publié en octobre 1984, produit par Phil Ramone, porté par “Valotte” et “Too Late For Goodbyes”, l’album connaîtra le succès, les certifications et une nomination aux Grammy Awards. Mais avant l’industrie, les clips et les classements, il y eut ce manoir nivernais, ses anciennes écuries transformées en studio, et ce moment fragile où Julian Lennon commença simplement à devenir Julian.
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