Pendant des décennies, l’histoire a été racontée de travers, comme si Paul McCartney avait, en un geste sec, mis fin aux Beatles le 10 avril 1970. La réalité est à la fois plus lente, plus trouble et infiniment plus triste. Ce jour-là, Paul ne grimpe sur aucune tribune, ne signe aucun acte de décès solennel, ne prononce aucun adieu théâtral. Il laisse simplement partir un questionnaire promotionnel accompagnant son premier album solo, McCartney, et quelques réponses suffisent à faire comprendre au monde que la grande fiction d’un groupe encore vivant ne tient plus. Mais pour saisir la portée de cette date, il faut remonter bien plus loin : à l’arrêt des tournées, à la mort de Brian Epstein, au chaos d’Apple, aux tensions du White Album, à la montée en puissance de George Harrison, à la guerre autour d’Allen Klein, au départ privé de John Lennon en septembre 1969, puis à l’exaspération de Paul face à une machine qui lui échappe. Le 10 avril 1970 n’est donc pas le jour où les Beatles meurent réellement. C’est celui où leur mort cesse d’être cachée. Et c’est précisément ce qui rend cet épisode si fascinant : il ne raconte pas la fin brutale d’un groupe, mais le moment où une légende, déjà disloquée de l’intérieur, devient soudain impossible à maquiller.
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