Il y a chez George Harrison une manière très singulière d’habiter la musique : l’aimer assez pour refuser qu’elle devienne une servitude. Là où tant d’artistes finissent prisonniers de leur propre légende, condamnés à alimenter sans fin la machine à albums, à tournées et à souvenirs, George a toujours défendu un autre droit, plus rare, plus déroutant aussi : celui de se taire sans demander pardon. Lorsqu’il explique, à la fin des années 1970, qu’il a traversé 1977 sans presque toucher sa guitare et que cela ne lui a même pas manqué, il ne signe pas un acte de renoncement. Il formule une vérité plus profonde sur sa vie entière. Après le cyclone des Beatles, les tournées harassantes, les procès, le business, la promotion et les attentes cannibales du public, Harrison cherche moins à disparaître qu’à reprendre possession de son temps, de son souffle et de sa personne. Ce retrait n’est pas une panne, encore moins une trahison envers ses fans. C’est une forme de souveraineté. Une manière de rappeler qu’un artiste n’est pas une fonction en service continu, mais un être humain qui a parfois besoin de poser l’instrument pour sauver le désir qui l’y ramènera plus tard. Chez George, le silence n’a jamais été le contraire de la musique. Il a souvent été sa condition de survie.
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