27 mars 1970 : Sentimental Journey, ou le disque que personne n’attendait de Ringo Starr

Il y a quelque chose de profondément déroutant, et donc passionnant, dans l’existence même de Sentimental Journey. Au printemps 1970, alors que les Beatles s’enfoncent dans leurs derniers jours, que chacun s’apprête à redéfinir sa place dans les décombres du plus grand groupe du monde, Ringo Starr choisit de prendre tout le monde à rebours. Là où l’on attendait d’un ex-Beatle un manifeste personnel, une profession de foi rock ou une déclaration d’indépendance en bonne et due forme, il livre un disque de standards d’avant le rock, un album peuplé de chansons anciennes, de souvenirs domestiques et de tendresse ouvrière. Le geste aurait pu passer pour une incongruité. Il dit en réalité beaucoup de ce qu’a toujours été Ringo : un passeur, un amoureux des chansons populaires, un musicien attaché à la mémoire plus qu’à la pose. En revenant à ce répertoire familial, à ces airs qui flottaient dans les pubs et les salons de Liverpool bien avant la Beatlemania, il ne signe pas une fuite hors du présent, mais un retour aux fondations. Sentimental Journey est peut-être le disque que personne n’attendait de lui ; c’est justement pour cela qu’il demeure l’un des plus révélateurs

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