Il y a chez Paul McCartney quelque chose d’assez unique parmi les géants de sa génération : plus le temps passe, moins il donne l’impression de gérer sa légende. D’autres administrent leur passé comme on entretient un monument ; lui continue d’y retourner comme on revient sur un terrain vague de l’enfance, non pour s’y figer mais pour y retrouver du mouvement. C’est exactement ce qui rend si excitante la perspective de son nouvel album, que tout le monde sent désormais approcher. Car les indices accumulés ces derniers mois ne racontent pas simplement le retour d’un musicien au travail. Ils dessinent peu à peu la possibilité d’un disque bien plus troublant : un album qui replongerait McCartney dans le Liverpool d’avant les Beatles, dans cette zone floue où l’enfance, les oiseaux, les copains, les bords de route et l’éveil de l’écriture se confondent encore. Le possible titre The Boys of Dungeon Lane, la formule The Story Before The Story, l’insistance récente sur le birdwatching et la présence d’Andrew Watt à la production ne relèvent plus du simple hasard promotionnel. Tout cela ressemble à une mise en récit extrêmement pensée. Et si Paul revenait vraiment à cet endroit précis où son regard s’est formé, alors on ne parlerait plus seulement d’un nouvel album de vétéran inspiré. On parlerait peut-être d’une œuvre capable de reconnecter le garçon de Speke, le mélodiste absolu et la légende encore bien vivante.
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