Cela fait partie des grands malentendus de la carrière solo de Paul McCartney : on parle souvent de ses chansons, de ses basses bondissantes, de son génie mélodique, de sa facilité presque insolente à faire naître une évidence pop en quelques accords, mais beaucoup plus rarement de celles et ceux qui l’ont accompagné en studio. Or regarder McCartney à travers ses producteurs, c’est observer de très près la mécanique intime de son œuvre après les Beatles. Car chez lui, le producteur n’est jamais un simple habilleur sonore. Il est tour à tour contradicteur, complice, révélateur, garde-fou ou, parfois, figure presque inutile tant Paul sait depuis toujours bâtir seul l’architecture de ses disques. De George Martin à Nigel Godrich, de Jeff Lynne à Greg Kurstin, de Youth à David Kahne, chaque collaboration raconte une manière différente de cadrer un artiste qui n’a jamais cessé d’hésiter entre l’autosuffisance et le désir d’être bousculé. Et c’est bien ce qui rend cette discographie si passionnante : derrière chaque album, il y a moins la question de savoir qui produit McCartney que celle de comprendre quelle part de lui-même il décide, cette fois, de laisser apparaître.
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