On a tellement pris l’habitude de raconter Pattie Boyd à travers les chansons des autres qu’on en oublierait presque l’essentiel : avant d’être l’ombre portée de Something, de Layla ou de Wonderful Tonight, elle a été l’un des grands visages de son époque. Mannequin au moment où le Swinging London redessinait la jeunesse anglaise, silhouette centrale de la Beatlemania intérieure, compagne de George Harrison puis d’Eric Clapton, elle fut bien davantage qu’une “muse du rock” commode pour les anthologies paresseuses. À 82 ans, Pattie Boyd apparaît au contraire comme une figure charnière, à la croisée de la mode, de la photographie, des Beatles et de cette mythologie pop dont elle a longtemps été prisonnière avant d’en reprendre le contrôle. Car derrière les refrains immortels et les triangles sentimentaux, il y a une femme qui a traversé les années 60, survécu aux illusions du rock, transformé sa mémoire en images et sa vie en récit. Revenir aujourd’hui sur son parcours, c’est rendre à Pattie Boyd sa juste place : non celle d’un personnage secondaire dans la légende des hommes, mais celle d’une actrice décisive d’une histoire qu’on a trop souvent racontée sans elle.
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