Dans la discographie solo de John Lennon, Rock ’N’ Roll fait figure d’ovni : pas de slogan, pas de confession, juste quatorze chansons plus anciennes que lui, chantées comme on rouvre une porte restée trop longtemps close. Sauf que ce retour aux sources n’a rien d’un caprice nostalgique. Il naît d’une ligne glissée dans “Come Together”, d’un éditeur aux méthodes de gangster, d’un accord arraché pour éteindre un procès, et d’une dette à payer au rock avec les armes du rock. De Liverpool aux nuits de Hambourg, Lennon rembobine sa propre histoire en empruntant celle de Chuck Berry, Gene Vincent, Little Richard, Fats Domino ou Ben E. King. Puis le film se dérègle : Los Angeles, le Lost Weekend, Phil Spector en génie toxique, des sessions qui virent au cirque, des bandes qui disparaissent. Reste New York, l’urgence de reprendre la main, et une voix de trente-quatre ans qui transforme des standards en autoportrait. Pourquoi “Stand By Me” sonne ici comme une promesse ? Comment un album de reprises devient-il une clé pour comprendre Lennon… et les Beatles sans les nommer ? Plongez dans la genèse mouvementée d’un disque sous-estimé, où l’industrie serre la gorge, mais où la musique, elle, garde le dernier mot.
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