On adore les histoires qui se bouclent proprement : Lennon aurait aimé Dylan jusqu’à Like a Rolling Stone, puis plus rien, rideau. Un récit impeccable, donc suspect. Car en 1970, quand John Lennon lâche son fameux « c’est un mythe » en visant le Dylan de New Morning, il ne rédige pas une nécrologie musicale : il règle surtout ses comptes avec l’époque, avec le rock qu’il veut brut, et avec sa propre mue post-Beatles. Exiger « plus » de Dylan, c’est déjà avouer qu’on l’a placé très haut. Et l’histoire se venge du slogan : quelques années plus tard, Lennon reparle de Dylan autrement, s’enthousiasme pour la tension à vif de Blood on the Tracks et va jusqu’à fantasmer une collaboration, comme on rouvre une porte qu’on prétendait avoir claquée. Puis, quand Dylan prêche « Gotta Serve Somebody », Lennon répond en contre-chant acide avec Serve Yourself : pas un hommage, un débat. Autrement dit : il écoute encore, il se sent visé, il réagit. Ce texte démonte le mythe de « la dernière chanson aimée » et raconte ce que dit vraiment la phrase : la peur de la tiédeur, la haine des idoles, et la fidélité tordue des géants qui se mordent pour mieux se reconnaître.
Cet article Le « dernier Dylan » de Lennon : une légende trop belle pour être vraie est apparu en premier sur .
