Ringo Starr, “Photograph” et le fantasme des cent ans

Après la fin des Beatles, Ringo Starr a traîné son astérisque comme une ombre : “oui, mais…”. Oui, mais le batteur. Oui, mais pas l’auteur. Sauf qu’il suffit d’une chanson pour faire taire les hiérarchies, et cette chanson s’appelle “Photograph”. Coécrite avec George Harrison, elle a l’étrange pouvoir des évidences : une mélodie qui se retient tout de suite, et une tristesse domestique qui serre plus fort qu’un grand drame. Une photo dans la main, un visage qui ne bouge plus, et tout un passé qui revient en marée silencieuse. C’est aussi une histoire d’amitié, celle — trop souvent sous-estimée — de George et Ringo, deux satellites indispensables qui se comprenaient sans discours. Au Concert for George, quand Ringo reprend “Photograph”, le tube devient un adieu, et son refrain se charge d’un sens neuf. Ringo le dira lui-même : il pourrait la chanter “dans cent ans” et y trouver encore du plaisir. Boutade ? Plutôt la définition d’un classique : une chanson assez solide pour vieillir avec nous, et assez simple pour parler à tout le monde.

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