On croit connaître What Is Life par cœur : ce riff qui dévale, des cuivres qui éclaboussent, un refrain si large qu’il tient dans toutes les playlists “feel good”. Pourtant, derrière ce soleil de studio, George Harrison glisse une angoisse simple, presque enfantine : à quoi ressemble la vie quand l’amour ne passe plus ? En 1970, au lendemain des Beatles, il ouvre enfin les vannes avec All Things Must Pass et, au milieu des psaumes brumeux, signe ce hit paradoxal, groovy et existentiel. Phil Spector empile les guitares et les chœurs jusqu’à faire d’un seul homme une foule ; Clapton et la bande font tourner la machine ; le single s’impose et prouve que Harrison n’est pas un miracle isolé après My Sweet Lord. De Trident à Friar Park, des reprises d’Olivia Newton-John aux rééditions qui questionnent le son, retour sur une chanson qui danse tout en vous regardant droit dans la question. Et si l’on y entend une déclaration amoureuse, Harrison laisse volontairement la porte entrouverte : la femme, le divin, la boussole intime… tout se superpose comme les pistes de voix qu’il double et rebondit. Une pop de l’essentiel, plus profonde qu’elle n’en a l’air — et c’est précisément pour ça qu’elle ne vieillit pas.
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