On la laisse souvent filer comme un simple générique de fin, coincée derrière les grandes enseignes de Living In The Material World. Pourtant, That Is All est peut-être le vrai cœur battant du disque : une poignée de main furtive, donnée au moment où la lumière s’éteint, et qui continue de brûler longtemps après. En 1973, George Harrison sort de l’explosion d’All Things Must Pass et du marathon du Concert for Bangladesh ; il a parlé fort, trop fort peut-être, et il cherche déjà comment survivre à sa propre victoire. Alors il referme l’album sur une ballade en clair-obscur, à la fois déclaration d’amour et prière déguisée, où la voix se retient comme si elle craignait de se fendre. Autour de lui, Jim Keltner et Klaus Voormann jouent le luxe de la sobriété, tandis que John Barham habille la mélodie de cordes nobles, plus liturgiques que sucrées. Rien de tonitruant ici : des accords qui glissent, des silences qui pèsent, et cette phrase-couvercle — “That Is All” — pour contenir l’émotion et faire taire le bruit du monde matériel. Une piste de fin, oui, mais surtout une porte dérobée vers un Harrison plus nu, plus humain, qu’on croyait connaître.
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