Le 5 juin 1981, Somewhere in England débarque au Royaume-Uni sans fanfare, comme un retour à demi-mot. George Harrison n’a jamais été l’ex-Beatle qui court après les tubes : à l’orée des années quatre-vingt, alors que la new wave redessine les tempos et que l’industrie réclame des singles, il avance à contre-rythme, coincé dans un album remanié, négocié, rendu “présentable”. Et pourtant, au cœur de cette contrariété, il glisse un petit miracle : “Baltimore Oriole”. Un standard de 1942 signé Hoagy Carmichael que Harrison ne traite ni en curiosité vintage, ni en pastiche. Il le chante comme on rallume une lumière ancienne, avec une retenue poignante, un sax américain (Tom Scott) qui caresse, une section rythmique qui respire, et cette manière unique de faire parler les notes. Entre l’ombre de Lennon, la fatigue du monde moderne et la mémoire de l’American Songbook, l’oiseau rare devient un autoportrait indirect. Pourquoi cette reprise dit-elle autant de Harrison, de ses racines et de sa résistance douce ? Plongez dans la perle secrète de Somewhere in England.
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