Londres, un soir de février : brume photogénique, chic feutré du Ham Yard Hotel et, au milieu du casting pop britannique, Paul McCartney qui présente un documentaire… sur Paul McCartney. La scène a quelque chose d’irréel, surtout quand Paul Mescal — annoncé comme son futur double chez Sam Mendes — s’installe dans la salle : le McCartney de 83 ans regarde déjà le McCartney rejoué. Mais Man on the Run n’est pas un exercice de musée. Morgan Neville y filme moins une légende qu’un mouvement : la décennie d’après-Beatles, quand il faut réapprendre à exister, encaisser les sarcasmes, douter, et pourtant continuer. Le dispositif est malin : McCartney d’aujourd’hui se tient surtout en voix, laissant l’archive respirer, la boue écossaise coller aux bottes, Linda devenir boussole et mémoire visuelle. On traverse McCartney, Ram, la naissance cabossée de Wings, l’école de l’humilité des petites salles, puis le pivot Band on the Run, cet album-sprint qui recolle les morceaux. En filigrane, Lennon, la rivalité et le fantôme de la réunion. Un film qui réorganise notre perception : non pas la statue, mais l’endurance. Et une avant-première qui rappelle une vérité simple : chez McCartney, la fuite est une trajectoire.
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