Not Guilty : la cicatrice de George Harrison, du White Album au sourire de 1979

Il y a des chansons Beatles qui ressemblent à des membres fantômes : on les aperçoit entre deux prises, on sent qu’elles pèsent lourd, mais elles disparaissent juste avant la photo de famille. « Not Guilty » est de celles-là. Écrite par George Harrison dans la brûlure de 1968 — retour d’Inde, chaos d’Apple, guerre froide domestique du White Album — elle s’enlise à Abbey Road dans un acharnement presque absurde : plus d’une centaine de prises pour un verdict sans fanfare… l’exclusion. Dix ans plus tard, surprise : Harrison la ressuscite sur son album George Harrison (1979), métamorphosée. Finie la défense nerveuse au bord de l’attaque ; place à une élégance feutrée, Fender Rhodes en clair-obscur, ironie douce d’un homme qui se souvient de tout sans offrir le spectacle de sa blessure. Entre la take 102 enfin révélée par le super deluxe du White Album et la version apaisée de 1979, « Not Guilty » raconte mieux que bien des biographies la mécanique intime du groupe : les places qu’on prend, celles qu’on refuse, et la liberté qu’on conquiert quand on n’attend plus d’être validé.

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