Marwa Blues : trois minutes de crépuscule, la voix muette de George Harrison

Quand George Harrison s’éteint à l’automne 2001, il ne laisse pas seulement un disque inachevé : il laisse un atelier plein de copeaux, des bandes griffonnées, des guitares empilées comme des carnets. Brainwashed, paru l’année suivante, n’a rien d’un mausolée : c’est un dernier souffle mis debout par Dhani Harrison et Jeff Lynne, avec cette pudeur rare qui consiste à soutenir sans surligner. Au milieu des chansons, Marwa Blues apparaît comme une parenthèse… et c’est peut-être le cœur qui bat le plus fort. Trois minutes sans paroles, mais pas sans voix : la slide y parle à la place des lèvres, glisse entre blues et raga, et installe un crépuscule intérieur qu’on ne secoue pas d’un revers de main. Commenter ce morceau, c’est accepter de suivre une musique qui refuse le spectacle, tout en racontant son étrange fabrication — ce puzzle de pistes de guitare que Lynne a dû démêler — et l’ironie magnifique d’un Grammy remporté par une prière instrumentale. Ici, on écoute vraiment : on ralentit, on laisse la note tenir, et on voit ce que Harrison déplace en silence.

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