On se souvient des hurlements de “Mother”, de l’autodafé de “God”, de la lame froide de “Working Class Hero”. Et puis, au bout de John Lennon/Plastic Ono Band, Lennon éteint la lumière avec un fragment de cassette : “My Mummy’s Dead”. Cinquante secondes lo-fi, un murmure électrique enregistré à la maison pendant la parenthèse primale, comme un mémo privé tombé par erreur dans le disque. Rien à séduire, rien à prouver : juste une phrase d’enfant répétée jusqu’à l’obsession, la mort de Julia devenue idée fixe. 1970, les Beatles viennent d’exploser, les digues sautent, et Lennon choisit l’anti-spectacle : pas de mur de son, pas de rédemption, seulement le grésillement d’un souvenir. Pourquoi ce post-scriptum minuscule pèse-t-il plus lourd qu’un roman ? Comment une comptine détraquée, trois notes et un mot — “mummy” — éclairent-elles toute une vie de colère, de peur de l’abandon et de quête de paix ? Retour sur la scène finale la plus glaçante de la carrière de Lennon, là où le rock cesse de jouer et se contente de constater.
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