Il y a des albums qui se referment comme un livre, et d’autres qui restent ouverts sur la table, avec des pages cornées et des phrases raturées. Let It Be est de ceux-là : un disque né d’une utopie — rejouer “comme avant”, sans maquillage — et enregistré au moment même où les Beatles cessent de se comprendre. Twickenham, les caméras, la fatigue, puis l’air (un peu) plus respirable d’Apple, l’arrivée salvatrice de Billy Preston et, au bout du couloir, le miracle bricolé du Rooftop Concert. Mais au moment de transformer ces bandes en album, tout se dérègle : Glyn Johns imagine un “bootleg officiel”, Phil Spector débarque avec sa grandeur hollywoodienne, et l’absurde se glisse dans la tracklist — jusqu’au crime parfait : l’absence de “Don’t Let Me Down”. Alors, faut-il “réparer” Let It Be ? Entre la version 1970, Let It Be… Naked et les mixes fantômes, le disque n’a jamais cessé d’être une question.
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