Il y a des chansons qui semblent surgir d’une simple séance de studio, puis s’accrochent à vous comme une preuve : la pop peut être un artisanat de luxe. Au cœur de l’été 1971, Badfinger cherche encore sa place dans le grand bazar d’Apple Records : héritiers supposés, miracle attendu, groupe jugé avant d’être entendu. Et soudain, « Day After Day » arrive avec l’évidence d’un refrain qui console et d’un riff qui signe. George Harrison produit sans écraser, glisse sa slide comme une seconde voix, et transforme la ballade de Pete Ham en petite cathédrale d’équilibre : mélodie à hauteur d’homme, guitares qui dialoguent, piano de Leon Russell en chaleur de fond. On y entend aussi le rêve Apple dans sa forme la plus pure — des passerelles, des mains tendues — et, déjà, l’ombre des malentendus qui colleront à la peau du groupe. Pourquoi ce single de janvier 1972 traverse-t-il les décennies ? Parce qu’il tient sur trois minutes de tact, de patience et de vérité, celles où un géant se met au service d’une chanson et où Badfinger touche, enfin, la grâce.
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