Le malentendu Wings : un succès qui n’a jamais eu le droit d’être une victoire

On a longtemps parlé des Wings comme d’un « après » : la parenthèse domestique d’un ex-Beatle trop poli pour être dangereux. Pourtant, entre 1971 et 1981, Paul McCartney signe avec eux l’un des gestes les plus risqués de sa carrière : redevenir un musicien de groupe, accepter l’apprentissage, changer de line-up, tourner, se faire juger note par note, puis conquérir les stades sans renoncer à la chanson. Ce succès massif a même servi de preuve à charge : trop de mélodies, trop de joie, donc pas assez de « vrai » rock. Quand le punk et la police du cool redistribuent les certificats de respectabilité, les Wings deviennent la cible idéale, comme si l’art devait s’excuser d’être aimable. À force de confondre accessibilité et facilité, on a oublié ce que ce groupe raconte : une reconstruction après les Beatles, une résistance douce au cynisme, et un art du single qui frappe sans s’excuser. De Band on the Run à Venus and Mars, de Silly Love Songs à Wings Over America, tout respire l’audace cachée sous l’évidence. Ici, on démonte le malentendu, on remet Linda et Denny Laine à leur place, et on réécoute cette décennie comme elle le mérite : avec des oreilles neuves, pas avec une moue héritée.

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