On croit connaître l’histoire de Please Please Me parce qu’elle est devenue un réflexe : le deuxième single, la porte qui s’ouvre sur 1963, “leur premier numéro 1”, point final. Sauf que les Beatles n’ont jamais eu la politesse de se laisser résumer en une ligne. Derrière ces deux minutes pressées, il y a un groupe encore fragile mais déjà incandescent, un timing à la seconde, et surtout une légende fabriquée à coups de classements contradictoires. Car en Grande-Bretagne, au début des années 60, il n’y a pas “un” chart mais plusieurs baromètres, et selon celui qu’on choisit — BBC, NME, Melody Maker ou Record Retailer — la couronne change de tête. Or c’est précisément là que le morceau devient passionnant : non seulement pour sa vitesse, son harmonica qui vous saute à la gorge et cette urgence sexuelle à peine déguisée, mais parce qu’il raconte aussi comment l’histoire s’écrit… parfois à rebours. Ajoutez George Martin qui fait muter la chanson en la poussant vers l’avant, un Studio Two en mode sprint, et une face B qui prouve déjà que les Beatles refusent d’être une seule chose : vous obtenez plus qu’un “classic”. Vous obtenez le moment où la pop commence à accélérer.
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