Back in the U.S.S.R. : les Beatles déguisés en Beach Boys, ou le rock qui se moque des blocs

On aime raconter les sixties comme un duel au soleil : la Californie qui répond à Liverpool, Pet Sounds qui oblige les Beatles à repousser leurs murs, et une pop qui, soudain, se met à bâtir des mondes. Mais l’étincelle la plus savoureuse arrive parfois par la porte de l’humour. En 1968, Back in the U.S.S.R. ouvre le White Album comme un avion qui atterrit en trombe : riff à la Chuck Berry, moteur rock’n’roll, et chœurs façon Beach Boys posés sur un décor soviétique. Trois minutes de pastiche, oui, mais aussi un petit traité sur la fabrique des clichés en pleine guerre froide : un slogan se retourne, un pays devient carte postale, et la satire ressemble à une déclaration d’amour au rock. À travers l’Ukraine, Moscou ou la Géorgie, les Beatles jouent avec la géopolitique comme avec un costume trop grand, tout en rappelant que la musique circule même quand les frontières se ferment. Et quand Paul McCartney chante le morceau sur la place Rouge en 2003, l’histoire boucle sa boucle : l’ancien interdit devient fête, et la blague pop se change en mémoire.

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