La première seconde de Back In The U.S.S.R. a l’allure d’un coup d’épaule dans une porte : un souffle de réacteur, une guitare qui mord et, déjà, l’envie de courir. On croit entendre un rock’n’roll basique, une charge à la Chuck Berry, mais les Beatles empilent les masques : pastiche d’hymne américain, harmonies façon Beach Boys et clin d’œil insolent à la guerre froide. 1968 grésille, le groupe aussi : Ringo quitte provisoirement le navire, Paul s’assoit derrière les fûts et transforme l’urgence en carburant. Résultat : une carte postale impossible — l’URSS en décor de cinéma — qui ouvre le White Album comme un sourire un peu trop large pour être totalement innocent. Derrière le gag, il y a la mécanique du malentendu : à l’Ouest, certains crient au scandale; à l’Est, les Beatles circulent sous le manteau, gravés sur des supports bricolés, jusqu’à devenir un mythe vécu en secret. Et quand McCartney chantera ce refrain à Moscou, des décennies plus tard, la blague se changera en symbole. Cette chanson fonce, mais elle pense : c’est pour ça qu’elle claque encore.
Cet article Une porte qu’on défonce : Back In The U.S.S.R., le sourire au bord du précipice est apparu en premier sur .
