Il y a des artistes qu’on écoute, et d’autres qui vous reprogramment. Pour CMAT, les Beatles appartiennent clairement à la seconde catégorie : pas une influence vaguement citée en interview, mais une fièvre, une vraie, capable de dévorer trois ans d’une vie. Tout part d’un morceau pas franchement taillé pour l’entrée des débutants : “Happiness Is a Warm Gun”, joyau tordu du White Album, mini-film à tiroirs où les climats changent comme des humeurs et où la beauté surgit de la fracture. À partir de là, CMAT plonge dans l’archive comme on descend dans une cave : disques, photos, sessions, livres de salon offerts à Noël, fanzines des années 80 aussi obsessionnels que “dérangés”. Et soudain, son cabaret pop en strass, ses punchlines et sa mélancolie fumante prennent un relief nouveau. Car derrière le glamour un peu cheap et l’autodérision, il y a la même religion que chez Lennon/McCartney : l’artisanat de la chanson, le goût du personnage, la capacité à tenir ensemble le rire et le vertige. Ce texte raconte cette rencontre improbable et pourtant évidente : l’Irlande en paillettes face au laboratoire Beatles, et le fil invisible qui relie deux époques quand une seule chanson suffit à faire basculer tout le reste.
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