Le rire au soleil : quand David Crosby écrivait à George Harrison

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu David Crosby parler de ses chansons comme d’objets vivants, ces créatures un peu sauvages qui naissent dans le brouillard, grandissent au contact des autres et refusent de se laisser enfermer dans un slogan. Dans un entretien accordé à Songfacts, l’ex-Byrd et architecte vocal de Crosby, Stills & Nash s’amuse pourtant à un jeu dangereux : quelles pièces tiennent encore debout aujourd’hui ? Pour la plus « pertinente », il désigne Guinnevere, incantation oblique de 1969, libre de toute époque et donc étrangement contemporaine. Pour le morceau définitif de CSN, il revient vers la cathédrale Suite: Judy Blue Eyes, où l’harmonie à trois voix ouvre l’espace comme un horizon. Mais le plus beau détour mène ailleurs : vers Laughing, joyau d’If I Could Only Remember My Name, écrit comme une lettre fraternelle à George Harrison au moment où l’Inde et les maîtres spirituels aimantaient les esprits. Crosby, sceptique mais tendre, y glisse un avertissement sans sermon : la sagesse peut se cacher dans le rire d’un enfant au soleil. Entre Laurel Canyon et l’univers Beatles, entre studio-instrument et chimie de groupe, ce récit révèle un Crosby moins cynique qu’on ne le dit : un homme des portes entrouvertes, qui préfère le mystère aux certitudes et laisse ses chansons faire le travail. Entrez : elles parlent encore.

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