Mind Games : Lennon traqué, l’utopie intérieure au bord de la rupture

On a longtemps raconté John Lennon des années 70 comme un activiste qui aurait oublié la musique. Mais 1973 dément le cliché : avec Mind Games, Lennon ne renie rien, il se déplace. Traqué par une procédure d’expulsion, scruté par les services fédéraux, épuisé par la visibilité du couple Lennon/Ono, il cherche une issue qui ne soit ni le tract, ni la confession à vif de Plastic Ono Band. La chanson-titre ressemble à un hymne simple, presque aérien — et c’est précisément là que ça brûle : au lieu de frapper, Lennon infiltre. Il troque le slogan contre l’incantation, la rue contre l’espace intérieur, comme si la révolution devait d’abord survivre dans les têtes. Enregistré au Record Plant à New York, l’album avance sur une ligne de crête : pop lustrée mais fissurée, sarcasme et tendresse, utopie et désillusion, déjà l’ombre du “Lost Weekend”. On y entend un homme minuscule face à son propre mythe, qui tente de respirer sans se mentir. Voici pourquoi Mind Games, disque de transition longtemps sous-estimé, résonne encore : parce qu’il pose une question intacte — comment lutter sans se perdre ?

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