On l’écoute rarement comme on écoute Sgt. Pepper ou Abbey Road : Let It Be des Beatles n’est pas seulement un album, c’est une scène de fin qu’on remet en boucle. Né du fantasme Get Back – redevenir un groupe de scène, jouer « vrai », se filmer en train de renaître –, le disque s’est retrouvé piégé par son propre dispositif : l’hiver, les caméras, la fatigue, le business d’Apple qui déraille, et cette sensation que le “nous” se délite à mesure qu’on appuie sur REC. Puis vient Phil Spector et son mur de son : pour certains, il sauve des bandes bancales ; pour Paul, il confisque l’intime, transformant The Long and Winding Road en champ de bataille. Longtemps, Let It Be a traîné sa réputation d’album triste, bande-son d’un divorce. Mais le temps a rouvert le dossier : Let It Be… Naked, la série Get Back, les nouvelles éditions, et même le retour du film restauré ont déplacé le regard. Et si ce disque dérangeait autant qu’il fascine parce qu’on y entend, à nu, un miracle résister à la gravité ?
Cet article Let It Be, disque maudit : l’autopsie d’une fin et le miracle qui tient est apparu en premier sur .
