On l’écoute souvent comme un dernier geste de douceur, un “au revoir” posé sur un piano. Mais Let It Be est moins une caresse qu’une photo prise au mauvais moment : quatre Beatles fatigués, des caméras braquées, des matins glacés à Twickenham et cette injonction impossible — “revenons au groupe”, version Get Back — alors que tout, déjà, se défait. Derrière les hymnes (“Let It Be”, “Get Back”, “The Long and Winding Road”), il y a un royaume sans arbitre depuis la mort de Brian Epstein, un Paul qui serre le volant trop fort, un John qui décroche, un George qui manque d’air, un Ringo qui tient la pulsation pour éviter l’effondrement. Et puis ce miracle piégé : le concert sur le toit d’Apple, dernier sursaut au-dessus de Londres, avant de redescendre dans la guerre du montage, Glyn Johns d’un côté, Phil Spector de l’autre, et des cicatrices qui ne sonnent pas pareil selon la version. Pourquoi cet album fait-il si mal, et pourquoi revient-on toujours à lui ? Plongez dans les coulisses d’un mythe qui se fissure en direct — et qui, malgré tout, trouve encore la grâce de chanter.
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