Power to the People : quand Lennon branche un slogan sur l’ampli

Le 12 mars 1971, John Lennon fait débarquer chez les disquaires un 45-tours qui sonne moins comme un « nouveau single » que comme un tract plié en quatre. Quatre mots, « Power to the People », branchés sur un ampli, martelés pour être repris en chœur : la pop devenue mégaphone, la rue reconstituée en studio. Mais derrière l’évidence du slogan, il y a le vertige d’un ex-Beatle qui veut être utile sans cesser d’être une star, un homme qui crie la révolution tout en l’enregistrant entre Ascot, Abbey Road et le Wall of Sound de Phil Spector. Genèse avec Tariq Ali et Robin Blackburn, ambivalences (hommage, appropriation, doute), détail qui pique quand Lennon interroge les « camarades » sur la manière dont ils traitent leurs femmes, puis l’affaire de la face B de Yoko Ono, remixée et quasi censurée au Royaume-Uni. Succès solide sans triomphe, autocritique tardive, et rééditions qui transforment l’urgence en archive : ce single-manif n’a jamais cessé de poser la même question, dérangeante et vivante. Voici l’histoire d’un slogan qui se met à chanter… et d’un chanteur qui vacille en le chantant.

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