On se raconte volontiers que les Beatles se sont quittés proprement, comme on ferme la porte d’un studio après un dernier accord. Mais l’après 1970 a la nervosité des fins d’amour : il faut courir, enregistrer, prouver qu’on existe sans le blason. Pendant que McCartney choisit la légèreté et qu’Harrison ouvre grand les vannes, Lennon cherche autre chose : une camaraderie, un cocon, la sensation de n’être qu’un chanteur parmi d’autres. D’où l’idée d’un disque de reprises, Rock ’n’ Roll, et d’un pari dangereux : confier la barre à Phil Spector, génie du Wall of Sound devenu volcan imprévisible. Hollywood, octobre 1973 : alcool, armes, nuits interminables, trente musiciens, puis des bandes qui s’évanouissent. Le producteur disparaît, l’album se cabosse, et Lennon comprend à ses dépens que lâcher prise n’est pas partager. Quand il reprend enfin le contrôle à New York, le disque sort en 1975 avec ses cicatrices et sa joie brute : chanter pour se rappeler d’où l’on vient, et mesurer, en creux, ce que la magie collective des Beatles avait d’irremplaçable.
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