On raconte souvent la fin des années 60 comme un feu d’artifice permanent : des fleurs dans les cheveux, de l’acide dans les veines et la certitude qu’un refrain pouvait refaire le monde. Mais derrière la carte postale du Summer of Love, le Flower Power est surtout une tension : la guerre du Vietnam d’un côté, une jeunesse qui refuse l’escalade de l’autre, et une esthétique déjà prête à être avalée par la pub. Au cœur de ce tourbillon, les Beatles deviennent des prophètes malgré eux, sommés d’incarner l’époque alors qu’ils tentent surtout d’y survivre en studio. Et c’est là que le regard de Ringo Starr intrigue : moins messie que capteur sensible, batteur-terrestre au milieu des visions, il sent le moment où « ça sonne moins Beatles » et plus « période flower power ». Sa lucidité va jusqu’à désigner un autre totem : Procol Harum et A Whiter Shade of Pale, brume baroque qui résume, mieux que les slogans, la beauté trouble de 1967. Entre utopie télévisée, psychédélisme discipliné et étiquette collée après coup, on remonte le fil d’une révolution pop… en suivant celui qui tient le tempo.
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