Il y a des tubes qui semblent avoir toujours été là, comme si la radio les avait trouvés sous un coussin. My Sweet Lord fait partie de cette race : une mélodie immédiate, un appel gospel qui bascule sans prévenir vers le mantra, et ce chœur final qui transforme la prière d’un Beatle en communion planétaire. Sauf que derrière cette foule de voix se cache un mystère de studio : qui chante vraiment ? Un simple overdub de George Harrison, démultiplié jusqu’à l’illusion, ou une bande de complices croisés à Abbey Road autour de Phil Spector — Clapton, Whitlock et quelques fantômes crédités pour rire sous le nom de George O’Hara-Smith Singers ? En remontant la piste des sessions d’All Things Must Pass, entre cookies Hare Krishna, Wall of Sound, visites qui crispent l’air et rivalités post-Beatles, on découvre que le flou n’est pas une erreur : c’est la signature même du morceau. Car ces chœurs ne servent pas à faire joli, ils fabriquent un “nous”, une église provisoire où l’auditeur devient le dernier membre. Une enquête sonore, donc, mais aussi une histoire de revanche : celle du Beatle tranquille qui, l’espace d’un single, a cessé d’attendre son tour.
Cet article My Sweet Lord, chorale fantôme : la revanche de George Harrison est apparu en premier sur .
