Après la fin des Beatles, Lennon veut du vrai, du brut, du “je” – et se méfie de tout ce qui ressemble à un produit bien fait. Pourtant, en décembre 1971, il accepte une commande déguisée en urgence politique : écrire une chanson pour John Sinclair, poète de Detroit et ex-manager du MC5, condamné à dix ans de prison pour deux joints. Le slogan “Ten For Two” devient refrain, le meeting d’Ann Arbor se change en tribunal populaire, et Lennon – accompagné de Yoko – découvre une autre scène : l’activisme new-yorkais, la pop transformée en tract. Mais une fois la cause gagnée, que reste-t-il d’un morceau pensé comme un outil ? En relisant “John Sinclair”, titre aujourd’hui relégué dans l’ombre de Some Time in New York City, on voit Lennon se débattre contre son propre talent : l’artisan capable d’écrire sur demande, et le prophète qui exige l’inspiration. Une petite chanson, pas un grand chef-d’œuvre, mais un miroir impitoyable de ses contradictions – et de cette époque où trois accords semblaient pouvoir faire bouger l’histoire.
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