À force de voir les artistes d’aujourd’hui parler comme des communiqués de presse, on en oublierait presque qu’il a existé un temps où le rock se jouait aussi à coups de phrases. Un temps où une interview pouvait déraper, où un couloir de studio devenait une arène, et où personne ne venait poser un coussin entre deux ego. C’est dans ce monde-là que surgit une scène délicieusement abrasive des années 70 : John Lennon, en plein désordre californien, tombe sur Joni Mitchell au travail et lâche, sans fard, qu’il ne l’a « jamais aimée », qu’elle est « too twee », trop mièvre — puis enfonce le clou en se moquant de la “suréducation” et des violons supposés fabriquer un tube. Tout est là : la peur de la sophistication, l’obsession de l’authenticité, la question de la classe, et cette manière qu’avait Lennon de boxer pour exister. Sauf que Joni n’est pas du genre à se laisser réduire à une étiquette : architecte d’harmonies, autrice au scalpel, elle répond à la condescendance par le récit, et renvoie la pique comme on renvoie une balle trop appuyée. Pourquoi Lennon a-t-il visé si juste… et si faux à la fois ? Et que dit ce clash de ce qu’on a perdu quand tout est devenu “safe” ?
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