On continue d’aimer les Beatles comme on aime les légendes : quatre hors-la-loi débarqués de Liverpool, un coup d’éclat et l’histoire qui s’incline. Sauf que les sixties n’étaient pas un western, mais une foule, une mêlée de sons où la pop se fabriquait à plusieurs mains. Et si l’on veut entendre ce chœur, il faut parfois cesser de regarder vers Abbey Road et tourner l’oreille vers Detroit. Car avant l’Inde, avant les drones et les sitars, George Harrison était déjà un passeur : un nerd du groove fasciné par la précision brûlante de Motown. Tambourins qui claquent, basses-slogans, chœurs en “call and response” : toute une méthode d’émotion en usine, qui a appris aux Beatles à faire entrer le refrain comme on ouvre une porte au bon moment. De Smokey Robinson, école du cœur et de la retenue, à Stevie Wonder, miroir incandescent capable de faire respirer We Can Work It Out dans un autre corps, l’influence circule — et revient en boomerang. Voici l’histoire d’une histoire d’amour : pas une note de bas de page, mais une clé pour regarder Harrison autrement, et écouter les Beatles comme un continent partagé.
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