Le rock adore les divorces spectaculaires, mais il existe des histoires plus rares — et plus précieuses — où deux légendes choisissent de se tenir lieu d’abri. Celle de George Harrison et Bob Dylan commence dans le fracas de 1964, quand les Beatles croisent enfin le songwriter qui a changé la grammaire des mots, puis s’épaissit loin des flashs, à Woodstock, fin 1968 : un Beatle à bout de souffle frappe à la porte du grand fuyard américain, les guitares sortent, la gêne tombe, et une chanson d’accueil naît presque malgré eux. De cette parenthèse surgiront I’d Have You Anytime, la face intime d’All Things Must Pass, et l’ombre d’un morceau perdu, Everybody Comes to Town, comme un carnet qu’on n’ose pas publier. Le lien, lui, traverse les années : Dylan accepte de remonter sur scène pour le Concert for Bangladesh en 1971, puis revient, détendu, dans l’utopie fraternelle des Traveling Wilburys. À rebours des guerres d’ego, cette amitié raconte une autre idée du rock : l’influence comme circulation, la pudeur comme courage, et la musique comme poignée de main.
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