À l’âge où la plupart des légendes deviennent des musées, Paul McCartney continue de se comporter comme un musicien : il entre en studio, ouvre les fenêtres, et regarde ce que la chanson peut encore devenir. L’éternel procès en légèreté — le « sourire » contre la gravité — passe à côté de l’essentiel : chez lui, la fantaisie n’est pas un vernis, c’est un moteur, avec son risque assumé de basculer dans le trop. Memory Almost Full, album à l’énergie nerveuse et aux allures de parcours, cache ainsi un joyau discret : « See Your Sunshine ». Sur le papier, une ballade maccartneyenne. Dans les enceintes, un petit accident de studio qui change tout : une basse d’abord sage, puis « dangereuse » dès que le producteur l’encourage, jusqu’à devenir une seconde voix, un contrechant qui relève le menton de la mélancolie. Ici, McCartney ne fait pas étalage de virtuosité : il raconte, il commente, il relance, comme au temps où la face B d’Abbey Road inventait la pop en mouvement. Plongée dans l’art du détail, là où Macca prouve que le droit de tout faire n’a de sens que s’il sert encore la chanson.
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